23122021

 

Une nouvelle saison hivernale a refermé doucement sa mâchoire de fer sur le pays. Crac! 

Crocs de glace aux toitures du douillet logis.

Passants torves emmitouflés de cafards saisonniers, les épaules haussées, les mains se frottant  dans l’haleine vaporeuse aux relents de vins chauds, les pas incertains, louvoyants dans des frocs qui fasseyent, flamme ténue dansant dans les courants d’air de la bise acerbe qui a caressé sur tout son cours monts et monts et vallons  frigorifiés enneigés. Ecoute. La rétractation. La sève qui s’enfouie. Crac!

Et le brouillard est arrivé par le nord. A gravi la colline. S’est immiscé. Il a dissout la lumière et la délayé aux choses, fondu les arbres, et larmoyé les rameaux squelettiques des ramures à l’été opulentes de verdure et de vrombissements… Juste le silence aujourd’hui qui siffle aux vents mauvais… Grisaille.

Demain? Gris Brouillard ! Après demain? Encore !… Et le givre en étoile. Tout de même. Comme une consolation dans l’épreuve, in fine. Le miracle et la victoire de l’astre tout en douceur. Il a évaporé les buées et redonné la vue à la buse ignoble éberluée contrite sur le fil du bord de la route incertaine, pensive et dépitée et déchiré le feutre bleu tendre si tendre tout au dessus, l’azur pastel. Estompes et rehauts sur les troncs sombres fantomatiques en errance. Magie.

Dans un avenir plus ou moins proche, je réussirai par l’image à parler de ces entretiens intimes entre l’arbre et la pierre. Je trouverai le fil secret de cette conversation silencieuse et j’en percerai les mystères. Mais ce temps n’est pas encore venu. 21012022

 

 Les pierres murmurent. Les arbres susurrent.

 

 Discours subtils sur l’éternel et le passager.

 

 Le jeune arbre a demandé au vieux roc : « Puis-je grandir ici ? Je suis de nature prudente et j’entends profiter de vos anfractuosités pour ancrer mes racines solidement et lutter ainsi contre les assauts du vent, mon ancêtre ayant payer de sa vie son goût pour l’aventure d’avoir grandi seul sur le haut de cette colline. 

                  -Oui, tu le peux !  a répondu le vieux sage, très amène."

 

Cependant, la pierre à l’âme endurcie continua ainsi :

 

« Te le peux évidemment, et je ne peux t’en empêcher. Mais sache que ton séjour au fil des ans, que tu penses ici plus en sécurité, n’en sera pas plus aisé et jonché de facilités pour autant ! 

-Comment donc ?

-Tes racines ne pourront pas aller ou bon leur semble, ce sera pour elles une constante contrainte, une nécessité vitale d’aller toujours chercher plus loin de quoi te nourrir et t’abreuver ! Oui, en effet, comme tu le penses te voilà bien arrimé pour lutter contre les autans mais tu ne mangeras pas tous les jours à ta faim. Et si le vent -qui occupe bien trop tes pensées selon moi- ne précipite pas ta chute, ici au beau milieu de son empire, sur ce point culminant, sa présence invisible et quasi constante pliera doucement ton tronc à sa volonté habituelle et sournoise.

 

Après un bref silence de quelques décennies qui avait plongé le jeune arbre dans un état méditatif intense, le roc conclut, monocorde : « Douleurs, contraintes, abstinence et solitude, voilà la vie au milieu des pierres. »